
Mes amis,
Je voulais vous raconter que mon frère Camus a été nommé délégué en Israël du Centre Maghreb
Canada, qui se situe dans l’Université York à Toronto. Je lui présente mes félicitations.
Je vous joins un article qu’il a envoyé et qui vient d’être inséré.
Bien a vous, Nathan.
Point de vue sur Retour à Thyna par Camus Bouhnik :
Né à Sfax, vit à Beersheba, Israël
Le Retour à Thyna par Hédi Bouraoui
Ce qui me plait chez Hédi Bouraoui, c’est son écriture originale : à la première page, avant de commencer la lecture du roman, je lis " Toute ressemblance ne peut être que coïncidence (pas fortuite, comme je m’y attendais). Elle n’engage que celui qui se complaît à l’image narcissique.
A bon entendeur, Mabrouk ! A bon conteur, Mazeltov ! "
Mabrouk et Mazeltov pour ce livre plein de fraîcheur et qui nous ramène à Sfax des années de notre adolescence et à Moulinville de notre enfance.
Nous revoyons tout en feuilletant l’immeuble Kria, les épiceries et le débit de tabac de Kraïm. Nous courrons le long de la cité Lyon et nous pouvons presque goûter les ftaïers ou les zlabias, tout près de Mellouli le cycliste et de la station d’essence Shell.
Le livre est divisé en dix chapitres dont neuf portent le nom des portes de la Médina. Nous avons tant de fois passé le seuil de ces grands porches qui font partie de notre origine. Le dixième rappelle l’olivier, la paix des cœurs.
Bab Ed-Diwane, l’entrée principale, guidait mes pas vers le Souk Belâaj où habitaient mon oncle, ma tante et mon cousin. En route je passais les magasins si connus de Galini et Salomon Bouhnik, les oncles de mon père.
J’empruntais l’expression Bab El-Bhar pour dire " je vais en ville ".
Bab Jebli était ma route de secours : quand je tardais dans la ville arabe, je passais rapidement le Souk des étoffes, le Souk des bijoutiers et la Romana pour sortir par ce portail en vitesse en direction de la maison. En route je trouvais toujours un chariot de passage sur lequel je montais en sautant, appuyant les paumes des mains sur la plateforme tout en donnant un coup de hanche et me retournant d’un coup.
Dans mes récits j’ai maintes fois rappelé la Kasbah où je me rendais les samedis matins sortir notre harissa qui mijotait toute la nuit dans un four de boulangerie. On se reconnaît dans ce livre
Borj Ennar attirait tous les jeunes à la recherche de galantes rencontres.
Il y a aussi les termes propres à *Bouraoui* comme :
" Mansour ce dégustateur de bouillon de pataclès, de pain d’orge" etc.
Ou bien, " le soleil écorche les têtes " et encore d’innombrables perles littéraires.
Hédi Bouraoui armée de sa plume d’oie bien aiguisée n’a pas cherché la besogne facile : Chaque chapitre commence par un dicton connu illustrant le sujet du texte à venir.
Les scènes qui m’ont fait revenir un flot de souvenirs sont d’abord : " Le jet de pierres " qui racontent les manifestations des jeunes gens entraînées dans une lutte qui leur a été collée par les adultes. Ces manifestations je les ai vues et vécues. Mes camarades de classe sont cette jeunesse en révolte. Le comportement de ces héros sera plus tard imaginé mais complètement véridique.
Un deuxième spectacle qui m’a frappé, c’est la punition de Mansour encore bambin octroyée par son instituteur. C’est une correction sadique qui m’a laissé un pincement au cœur. Comment être si mauvais ? Pourtant j’ai vécu les mêmes moments quand le rabbin Albert nous infligeait ses coups de baguette sur le bout des doigts. Je me souviens de l’effrayante et fameuse " falouka " : ce châtiment consiste à se lier les plantes de pieds de l’enfant à punir, de le faire tenir les jambes en l’air et de lui administrer des coups de verge d’un nombre variable selon la gravité de la faute commise. A l’école primaire aussi les punitions physiques étaient encore admises.
Vient ensuite le viol de la tendre Zitouna par son cousin, chose inadmissible quand bien même que ce fait est commis de nos jours de partout, par les proches parents, les frères et les pères aussi.
Mais tout cela n’est que le fond du décor de ce livre. Il y a d’abord des liens d’amitié entre les amis inséparables Mansour, Moshé Boukhobza et Marcel Lucido. Il y a le poète Kateb, une personnalité tragique encombrée de complexes et de contrariétés. Je n’ai pas aimée ce personnage : le viol de Zitouna n’est que la principale des causes. Il n’est pas clair et net comme le charmant Mansour. Le péché commis sur le corps de sa parente le harcèle, le déchire et le poursuit comme l’œil de Caïn. Il en souffre une mort lente et il finit sa vie dans une chute mortelle du haut des remparts à Borj Ennard, La Tour De Feu. L’enquête de cette mort menée par Mansour est suivie de près par les lecteurs fins limiers. La clef de l’énigme se trouve dans les écrits de Kateb présentés dans une pièce de théâtre interprétée par Zitouna sur la place du marché central : c’est si symbolique que la victime de Kateb est choisie par lui pour éclairer le mystère de son décès-suicide, mais le dernier mot est laissé pour la fin, après le témoignage d’Amar, rapportant une dernière conversation avec Kateb.
Dans chacun des chapitres nous sommes témoins des changements survenus à la statue de Philippe Thomas déboulonnée et à sa place est élevée la tombe monument d’Hédi Faker qui est transféré ensuite dans un cimetière sur la route de Tunis et a prend place au même endroit la statue du Zaïm, glorieux, à cheval la bras levé. Bientôt le Raïs laisse la place à un olivier planté à l’envers, tendant ses racines vers le ciel.
Dans les dernières pages, nous apprenons que l’olivier est replanté tout près des remparts et il est remplacée par un tourniquet ridicule, aspergeant de son eau le gazon tout autour.
Dans la page 67 on lit sur les péripéties concernant le monument d’Hédi Faker. Ce dernier n’est autre qu’ Hédi Chaquer. Le truchement de la lettre F avec Ch transforme Chaquer le louangeur, en Faker le penseur.
Nous rencontrons d’autres personnes le long de la lecture, des passionnés par le gain facile, des assoiffés du pouvoir et des gars sympathiques, comme dans la vie. Le policier Hamida est une des illustrations.
L’amour entre Mansour et Zitouna est espéré par le lecteur : "Mansour est frappé par ses yeux d’un vert d’olive étincelant ". Mais l’auteur attend la fin du roman pour nous laisser goûter à un instant de félicité entre les deux tourtereaux.
C’est le premier livre d’Hédi Bouraoui que je lis, il est original, écrit avec art, plein de bon sens et d’expressions propres à Bouraoui. L’écrivain laisse entendre qu’il désapprouve certains changements immobiliers survenus à Sfax, suite de l’avidité des entrepreneurs. L’auteur pense que sa ville natale n’a qu’une faible délégation au pouvoir, contrairement à sa capacité économique amplifiée. On retrouve le long des lignes de Retour à Thyna des vérités déjà exposées dans les poèmes du même auteur dans la série Sfaxitude .
Ceci et beaucoup plus dans Retour à Thyna.
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